L'augmentation préoccupante de femmes totalement cachées dans nos rues a été largement commentée, et il faut espérer que les 6 mois nécessaires à la commission parlementaire constituée suffiront à résoudre ce problème à vrai dire fort simple.
Quelques arguments essentiels ont été abordés dans l'excellente émission sur France 2, "mots croisés" du 29/06/2009. On peut la voir ici en entier:
http://info.francetelevisions.fr/video-info/player_html/index-fr.php?id-video=manuel_ftvi_mc_20090629_300620090925_F2&chaine=&id-categorie=&ids=
ou en consulter des extraits ici:
http://www.fdesouche.com/articles/50502
Pourtant, deux points essentiels n'ont jamais été cités, à ma connaissance.
1° Il suffirait d'interdire purement et simplement de cacher son visage dans l'espace public. La question serait ainsi réglée, et l'islam ne serait pas visé en tant que tel.
2° La justification souvent donnée par les défenseurs du voile ou de la bourka consiste à dire que les femmes veulent se cacher par pudeur. On peut comprendre cette attitude dans une société peu
évoluée, archaïque, où les hommes ne sont guère évolués et peu éduqués. Cacher le corps des femmes est dans ce cas une réponse parmi d'autres pour éviter la violence de mâles primaires.
Mais depuis plusieurs siècles déjà, en Occident, l'éducation a fait des progrès. Un homme peut très bien regarder une femme sans y voir immédiatement un objet de désir. On peut aussi prendre
plaisir à regarder des jolies filles dans la rue en se contentant d'un plaisir esthétique qui se suffit à lui-même. Il s'agit là non d'un regard concupiscent, mais de l'esthétique d'une
sublimation maîtrisée, ce qui est un signe de civilisation contre la barbarie. D'ailleurs, beaucoup de femmes prennent plaisir à ce jeu subtil du regard.
Dès lors, l'argument de la pudeur ne tient plus. Qu'on lise le texte suivant de Max Scheler, extrait de sou essai "la pudeur":
"Ou bien encore une femme très pudique peut, par moments, aimer un homme au point de se perdre en lui tout entière, de consacrer toute sa sensibilité à le contempler, bien qu'elle se trouve en
une situation fort impudique ; mais, que cette extase amoureuse se relâche un tant soit peu, que cette femme commence à prendre conscience d'elle-même et de son corps, et la pudeur apparaît
aussitôt. Nous trouvons donc ici encore le mouvement caractéristique du retour sur soi. De même le fait de « se savoir regardé » ne suffit pas par lui-même à provoquer la pudeur. La femme la plus
honnête peut fort bien, quoique pour des motifs très différents, éprouver aussi peu de honte devant le peintre auquel elle sert de modèle, devant le médecin qui l'examine ou même le serviteur qui
assiste à son bain, qu'en présence de l'être aimé dont la vue l'absorbait tout entière. Si elle se sent « donnée » au peintre comme un lieu de phénomènes esthétiques, comme un objet visuel qui a
une valeur artistique, ce retour sur soi ne peut se produire ; et il n'est pas possible non plus, si elle se sait donnée au médecin à titre de « cas », ou au serviteur comme « la maîtresse ». La
raison est ici partout la même : elle ne se sent pas donnée comme « individu ». Mais il est clair également qu'à l'inverse, si elle se sait donnée seulement comme « individu », il n'y a pas là
non plus de motif de pudeur. Car c'est justement le cas quand elle est en présence de l'homme aimé." (p. 79)
Autrement dit la pudeur apparaît chez la femme dénudée lorsqu'il y a dissymétrie entre le regard de l'homme et sa propre intentionnalité. La femme dénudée n'a pas de pudeur quand le médecin
l'examine en tant que patiente. Par contre, si le regard du médecin changeait, s'il portait un désir, elle pourrait à nouveau éprouver de la pudeur. Même chose avec la femme qui pose pour le
peintre.
On mesure ainsi à quel point est risible l'argument de ceux (et surtout celles...) qui prétendent justifier le voile par la pudeur. Car il se trouve que dans un pays civilisé comme la France il
en faut plus pour pousser un homme à manquer de respect à une femme simplement en voyant sa chevelure! Ici, on a compris contrairement à d'autres que l'éducation des hommes leur permet de
maîtriser leur libido, et même d'y voir l'occasion d'une complicité ludique entre les sexes.
Toute cette affaire manifeste donc bien ce que le philosophe Abdenur Bidar appelle à juste titre une "pathologie religieuse"; Il est d'ailleurs le seul à avoir évoqué l'idée d'aliénation, ce que
plus personne n'évoque guère aujourd'hui.
Voir également le blog d'Ivan Rioufol:
http://blog.lefigaro.fr/rioufol/2009/06/bloc-notes-pourquoi-il-faut-in.html
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En effet il est fort intéressant de consulter les auditions de la mission parlementaire qui réfléchit au port du voile intégral en France. Voici l'adresse : http://www.assemblee-nationale.fr/13/commissions/voile-integral/voile-integral-20090909-2.asp
Mon avis sur la question :
Lettre à une jeune femme
Lève-toi
Il est temps, lève-toi du cercueil de tissu
Où quelques barbares, pour mieux te dominer,
Ont fait disparaître tes yeux de jais, ton nez,
Tes lèvres, tes mots. Toi, ma sœur, où es-tu ?
As-tu donné ton âme, aimes-tu ton geôlier ?
Non, ce n'est pas un dieu qui veut faire de toi
Un objet invisible, non ce n'est pas un dieu
Qui veut te bâillonner, c'est un mensonge affreux,
Une bestialité édictée comme loi.
Viens, ma sœur, montre au ciel l'éclat de tes cheveux.
Dans mon pays, longtemps, les femmes ont été
Rabaissées. Il fallut des années de combat,
Pour qu'on leur reconnût enfin les mêmes droits
Et le même respect, pour qu'avec équité
Ils nous soient partagés, avec ou sans la foi.
Nulle part n'est écrit que tu es un objet,
Une esclave dédiée à la reproduction,
Invisible et surtout entravée de chiffons
Asservie par naissance, et plus rien désormais
N'est digne de l'humain si, par lapidation,
On peut t'assassiner sans parler de méfait.
Tu es née pour aimer, libre, pour avancer :
Ton corps et ton esprit à toi seule appartiennent.
Il s'agit de ta vie, montre leur qu'elle est tienne.
Il n'est aucun bâillon qui tue la Vérité.
Lève-toi du linceul jusqu'à ce que nous vienne
Comme la lumière, le don de ta beauté.
Par toi, cet homme n'a aucune humanité,
Qui fait de toi l'esclave et l'ombre de sa haine,
Quand l'ignorance règne au monde et se déchaîne,
Il est temps, tu le sais, d'enfin te libérer
Du voile de la honte, et de vivre, sereine,
Chaque jour un peu plus près de la Liberté.
2009©M.KISSINE