Lors de son voyage en France, le pape Benoît XVI a rappelé que le devoir de tout chrétien est la prise en compte de la souffrance humaine et donc aussi, tout naturellement, celle de l'immigré. Il
est en cela dans son rôle. Encore faut-il comprendre les limites d'une telle exigence morale.
Le devoir d'hospitalité et d'aide au démuni peut parfois en effet aller, chez les saints ou les apôtres, jusqu'au renoncement à ses propres richesse. Mais la morale chrétienne n'exige pas que le
riche (ou simplement celui qui a accumulé un capital tout au long de sa vie, grâce à son travail) distribue sa richesse aux pauvres. Elle n'exige pas que la famille française qui a pu, au fil des
années, rembourser un prêt pour l'achat d'une maison, en fasse cadeau à un collectif de sans-papiers pour se retrouver elle-même SDF dans la rue.
Aussi, ceux qui voient dans le discours chrétien un appel à ouvrir les frontières à une immigration massive, sous prétexte d'hospitalité, se trompent gravement. Car il est de plus en plus clair que
l'immigration au-delà d'un certain seuil de tolérance pose de graves problèmes tant que les nouveaux venus n'ont pas adopté un minimum de valeurs communes et de comportements communs avec la
société d'accueil.
> On ne rend pas service au peuple français en accueillant trop d'immigrés. A vrai dire, il faudrait plutôt suspendre toute immigration nouvelle tant que les populations
étrangères de deuxième ou troisième génération ne sont pas parfaitement intégrées et ne se sentent pas pleinement françaises. Comme le disait le Parti Communiste jusqu'à la fin des années 1970,
l'immigration est un obstacle au progrès social, car cela permet un chantage au salaire. De fait, c'est toujours le cas, aujourd'hui, dans la
violence économique que subissent les plus pauvres.
> On ne rend pas service aux immigrants eux-mêmes, car il passent du statut d'hommes libres dans des pays souverains au statut de quasi-esclaves sous-payés et
sur-exploités, alors que les candidats à l'immigration sont souvent des hommes courageux, en fait l'élite des pays d'origine dont l'énergie serait mieux employée à faire évoluer leur propre nation,
quitte à organiser des bouleversements politiques pour éliminer leurs gouvernants corrompus et incapables.
Le riche qui accueille le pauvre ne doit pas pour autant renoncer à sa richesse, sauf s'il vise la sainteté Or, la morale chrétienne, en particulieir catholique, n'exige pas de chaque chrétien
qu'il vise la sainteté. On lui demande simplement l'humilité de reconnaître ses faiblesses humaine et de s'efforcer de les dépasser. Le pays d'accueil des immigrants ne doit pas accueillir
une population dont la présence aggraverait tous les problèmes sans pour autant apporter de solution ni pour les migrants ni pour les pays d'origine.
Il ne faut pas laisser aux racistes le monopole du débat sur l'immigration. Il faut au contraire avoir le courage de dire que, politiquement, on a le choix entre deux modèles possibles.
1) Premier modèle. On décide que tout homme a le droit de s'installer où bon lui semble. Tout homme ou toute femme qui le désire devrait donc pouvoir venir librement en France, s'y installer et
acquérir la nationalité française. Dans ce cas, il ne serait plus possible de maintenir le modèle français de solidarité, car si la sécurité sociale ou les retraites sont déjà au bord de la
ruine avec 65 millions d'habitants, qu'en serait-il avec 120 millions, comme semblait le souhaiter l'abbé Pierre? Une telle solution politique serait néanmoins possible, mais à la condition de
supprimer toutes les aides publiques et de les remplacer par des assurances privées, chacun se débrouillant comme il peut. La solution "frontières ouvertes" est en fait une solution ultra-libérale
de droite, et il est ahurissant de voir que les gens de gauche ne s'en rendent pas compte.
2) Second modèle. L'autre solution consiste bien entendu à suspendre toute immigration, à prendre soin de nos populations les plus fragilisées, mais en leur rappelant les bases de notre contrat
social, et de continuer à travailler au progrès de tous. La France pourrait
poursuivre les innovations politiques dont elles a
toujours été capable, et devenir ainsi un modèle pour les autres nations. Là est, selon moi, une vraie position progressiste de gauche, pour autant que ce mot ait encore un sens aujourd'hui. Mais
ne rêvons pas. La gauche n'a plus de doctrine positive à proposer, sinon la
critique systématique de tout ce que font les
autres.
Dans mon article
identité française et Immigration, j'ajouterai régulièrement les quelques liens qui me paraissent intéressants
sur ces questions.