Vendredi 29 août 2008

Marx aurait écrit quelque part qu'une idée se transforme en force matérielle dès qu'elle pénètre les masses. Le moins qu'on puisse dire est qu'elle y met du temps, beaucoup de temps parfois. Il suffit de comparer les débats et publications sur n'importe quelle question et leur retentissement dans la conscience populaire, puis dans les décisions des politiques. Pour s'en convaincre, il suffit de prendre quelques exemples que chacun connaît comme l'écologie et l'environnement, l'éducation, l'économie, l'immigration, l'automobile, les médecines alternatives.

L'écologie et l'environnement.

En 1973, René Dumont publiait au Seuil L'utopie ou la mort. En 1974, il mena une campagne très bien médiatisée, soutenue par des militants actifs. Tous les français avaient alors entendu parler de pollution, de l'aberration du modèle de transports basés sur l'automobile, la nécessité de tramways dans les villes, etc… Mais les écologistes passaient au yeux de la populaiton pour de doux rêveurs. Il a fallu attendre près d'une trentaine d'année pour que ces idées deviennent vraiment populaires, à l'occasion de la question polémique sur le réchauffement climatique.

L'éducation

Autre exemple. La massification de l'éducation à partir des années 60 a été une bonne chose. Mais nombreux sont ceux qui, dès la fin des années 70, ont déonocé non pas le principe même d'une telle massification, mais la manière dont elle était conduite. Au début des années 80, la question de l'enseignement privé a été l'occasion d'affrontements idéologiques, simplistes comme toujours. A partir de 1985, des livres et articles nombreux ont été publiés à propos de l'école et de ses problèmes. L'essentiel du diagnostic était posé, des solutions étaient proposées. En vain. Cette fois, il a fallu attendre 20 ans pour que l'idée d'un retour à des règles du jeu claires s'exprime en plein jour, notamment dans la campagne de Ségolène Royal, ce qui lui a valu d'être traitée de "fasciste" dans son propre camp.

L'immigration

Avec le développement économique, on a fait appel dès les années 60 à une main-d'oeuvre immigrée pour compenser l'absence de main-d'oeuvre en France en particulier pour les métiers les plus difficiles. Très vite les syndicats y ont vu l'occasion pour le patronat de freiner les revendications salariales ou de casser le mouvement social. Thierry Desjardins dans son livre lettre au président sur l'immigration rappelle que le parti communiste a été longtemps opposé au recours à l'immigration massive et l'immigration n'est finalement devenue une question honteuse qu'à partir du moment où, abandonnée par la gauche pour des raisons démagogiques, elle est devenue un thème central de l'extrême droite. Ce transfert est d'ailleurs complètement illogique car on accuse volontiers l'extrême droite de racisme. Or, un raciste conséquent n'hésiterait pas à employer de la main-d'oeuvre traitée en esclave à partir du moment où il considère que ces gens appartiennent à une race inférieure. Une extrême droite raciste s'accommoderait donc tout à fait du maintien de l'emploi d'une main-d'oeuvre immigrée dans des tâches subalternes mal payées comme elle n'était pas naguère opposée à l'esclavage.

Au contraire on peut être opposé à l'immigration massive à partir d'une conception privilégiant l'égalité en droit et en dignité des êtres humains, en récusant toute différence entre les races. L'immigration transforme des êtres humains courageux en esclaves déracinés et prive leur pays d'origine d'une population qui pourrait y jouer un rôle économique dynamique et un potentiel de contestation politique, facteur de progrès, en forçant les responsables politiques locaux à prendre vraiment leur responsabilités. L'immigration permet aux pays d'accueil de de nas se poser les vraies questions. Ainsi, puisque tous les jeunes veulent devenir ingénieurs, enseignants, musiciens, artistes et j'en passe, ce qui est parfaitemetn légitime, il faut alors se poser courageusement la question du partage des tâches subalternes et des corvées. Or, on sait que la meilleure formation est encore l'expérience, même si elle n'est pas la seule. Les étudiants pourraient par exemple financer leurs études en accomplissant des travaux difficiles mais formateurs.
Bref, l'immigration est une mauvaise solution non pas parce que s'y opposer serait du racisme mais au contraire au nom même d'une doctrine qui fait de l'être humain une valeur centrale et qui exige toujours comme le dit Kant de traiter les êtres humains toujours comme une fin et jamais seulement comme un moyen. 
À partir des années 80, cet incroyable retournement de l'opinion a brouillé toutes les cartes et a conduit à une véritable confusion mentale interdisant de regarder en face les véritables problèmes et de se poser réellement les vraies questions. Ainsi, jusqu'à quel point peut-on faire cohabiter des êtres humains issus d'univers culturel différents et par ailleurs très peu au courant de ce que leur propre culture d'origine a produit de meilleur? Est-il véritablement légitime de ne traiter la question du partage des corvées qu'en ayant recours systématiquement à une main-d'oeuvre étrangère?

Ici comme toujours, la culture dominante a produit des représentations qui loin d'éclairer la réalité constitue au contraire un obstacle à sa claire compréhension. Ainsi pêle-mêle l'autre avec un grand A, la tolérance la richesse des autres cultures la richesse du métissage. On en est même arrivé à ce curieux mouvement contraire qui valorise systématiquement les cultures étrangères dans leurs moindres productions les plus inintéressantes et inversement on dénigre systématiquement la culture classique occidentale comme signe de la domination d'une classe, d'une caste. Le plus curieux des résultats est que finalement toutes les autres cultures, qu'elles soit africaines maghrébines asiatiques ont un droit d'exister mais la culture occidentale doit être méprisée comme la manifestation archaïque d'un attachement pathologique au passé. Bref les autres ont le droit d'avoir une culture, mais pas nous. On admire le guerrier Massaï ou l'homme du désert et on méprise le français buveur de vin porteur de bérets et mangeur de camembert comme si la France n'avait produit que cela. Dans le même mouvement on accuse le christianisme de tous les maux alors que simultanément on voue à l'islam une admiration sans borne.Et bien entendu ces "cultures" sont érigées en entités essentielles et immuables et fonctionnent dans notre imaginaire comme un mythe, ce qui nous interdit en fait de les comprendre dans ce qu'elles peuvent avoir, en effet, d'original et de riche.
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Car ici, bien entendu la vraie culture consisterait à reconnaître la richesse de l'esprit de chaque peuple sans en ignorer les défauts. Ici la vraie culture consisterait non pas d'abord à s'occuper des autres qui comme êtres humains sont parfaitement capables de s'occuper d'eux-mêmes. Ici la vraie culture consisterait d'abord à ce cultiver soi-même, à connaître ses propres racines. C'est cela qui permettrait un véritable dialogue positif et amical entre les peuples.

D'où vient une telle inertie?

Dans tous les cas, ce ne sont ni les livres ni les débats publics qui ont suscité des prises de conscience. C'est le constat quotidien de la pollution, l'augmentation du nombre de maladies respiratoires, le constat d'une dégradation de l'environnement immédiat et le renchérissement du prix de l'eau ou du chauffage plus quelques effets de mode qui ont suscité la prise de conscience, d'ailleurs très partielle. Ce ne sont pas les excellents livres d'Alain Finkielkraut, de Jacqueline de Romilly ou de Maurice Maschino qui ont suscité, sur 20 ans, la prise de conscience des problèmes de l'école. Les parents ont été avant tout sollicités dans leur torpeur intellectuelle par leurs propres enfants dont les difficultés croissantes les interpellaient. C'est tellement vrai que parmi les tout premiers à avoir souligné les difficultés de l'école, on trouve des professeurs. Non pas, comme on aurait pu s'y attendre, pour dénoncer leurs propres conditions de travail ou leur attitude timorée face à la question de l'autorité, mais parce que, avant tout, leurs propres enfants éprouvaient eux aussi des difficultés dans une école de plus en plus à la dérive. Cette coupable ambivalence des professeur s'est traduite par une inflation de langue de bois justifiant l'injustifiable pendant que beaucoup de professeurs, y compris syndicalistes de gauche, plaçaient discrètement leurs propres enfants dans des établissements privés, quand ils ne pouvaient pas accéder à une classe "camif".

Ce qui ressort de tout ceci, c'est la profonde inutilité de la culture comme instrument de prise de conscience.

 

 

Par Fabrice Guého
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