On peut sans doute se réjouir de constater que les autorités politiques mondiales prennent enfin la mesure sinon du caractère inévitable, du moins du risque sérieux que fait peser sur l'avenir de l'humanité le réchauffement climatique. Ce n'est d'ailleurs pas sans mal. Le G8 n'est pas le monde. Et comme le remarque avec humour Paul Loubière, les choses vont plutôt à petit pas d'une manière franchement drolatique quand on songe aux enjeux.
Cela dit, il semble que le large consensus sur le caractère inévitable du réchauffement climatique cache une fois de plus des réalités bien plus complexes mais qui exigent une plus grande attention que la simple répétition quasi-réflexe de slogans trop faciles.
D'un côté, donc, ceux qui toujours plus nombreux pensent que le réchauffement climatique est inévitable et qu'il faut réagir, au quotidien, par des mesures aussi urgentes que peu efficaces comme le fait de couper la lumière en quittant une pièce ou d'éteindre son ordinateur dès qu'on le quitte. Parfois, le remède est d'ailleurs pire que le mal, car les ampoules électriques comme les ordinateurs s'usent beaucoup plus à chaque changement d'état que par le fonctionnement continu, ce qui à terme engendre plus de déchets. Parfois le remède est pire que le mal.
Il y a aussi les intégristes de l'écologie catastrophiste qui voudraient que nous renoncions à tous les bienfaits du progrès technique, à tous les éléments du confort quotidien, et qui nous exhortent à faire attention, à chaque minute de notre vie, aux effets catastrophiques de nos moindres gestes.
A l'autre extrémité, il y a ceux qui nient absolument toute influence humaine sur le climat, voire sur l'environnement, confondant allègrement réchauffement climatique et pollutions chimique ou biologique pour affirmer que la technique résoudra les problème qu'elle engendre.
Dans les deux cas, il me semble qu'il y a à la fois des arguments solides ou en tout cas qui méritent d'être entendus, et des arguments fallacieux, des croyances irrationnelles qui procèdent plus de la mythologie ou de l'autosuggestion que d'une attitude clairement rationnelle et partant responsable. Chacun se construit ainsi son petit « bricolage conceptuel », selon l'expression de Christian Morel dans son livre les décisions absurdes. Certes, comme le soulignait Raymond Boudon dans l'idéologie, l'opinion publique n'a pas nécessairement tort. Mais il arrive aussi souvent que la pensée unique lui impose une manière d'auto-persuasion très pernicieuse.
Car le problème est là. On peut croire ou ne pas croire, avoir raison ou tort de croire, mais en matière de sciences, dès qu'on croit, on a tort. Comme le disait Bachelard à propos de l'opinion : « l'opinion pense mal, elle ne pense pas, elle a en droit toujours tort ». Ceux qui naguère pensaient que la terre est le centre du système solaire n'avaient pas plus tort que ceux qui, suivant Copernic, croient aujourd'hui que c'est le soleil qui est au centre parce que les cosmonautes ont pu le constater. Celui qui ne comprend pas la démarche rationnelle conduisant à un fait avéré n'es tpas dans la vérité, même si sa croyance est par ailleurs conforme aux données scientifiques.
En revanche, les responsables politiques et les journalistes, eux, ont le devoir de prendre en compte la vérité dans la complexité de son élaboration théorique. Ainsi, par exemple est-il bon de dénoncer les abus d'une pensée unique qui parce qu'elle est dominante, interdit tout débat contradictoire. A cet égard, il est bien possible en effet qu'il y ait un risque de réchauffement climatique. Mais cette croyance fonctionne aujourd'hui comme un mythe, pouvant aboutir à des décisions politiques irrationnelles. Aussi faut-il prendre en compte également les arguments critiques contre cette thèse.
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merci d'avoir cité mon modeste article, et bravo pour cet appel à l'esprit critique. Sans cela, nous sommes morts !