Jeudi 10 juillet 2008

   La mode est à nouveau de s'en prendre à Ségolène Royal et les éditorialistes s'en donnent à coeur joie. Après les critiques moqueuses contre Nicolas Sarkozy, son "bling-bling", sa soi-disant nervosité, voici qu'on en revient au moment des vacances à ce qui semble pour un temps décrire l'essence de l'ex-candidate de gauche: la "gaffitude" ou la "bourditude" en référence à son malheureux dérapage linguistique qui avait donné lieu en son temps à toutes les cuistreries et toutes les tartufferies dont le monde politico-médiatique est capable.
   Tout se passe comme si la France cérébralement anesthésiée par la mondialisation et la déconfiture des programmes alternatifs rejouait inconsciemment les feuilletons de son enfance, et singulièrement celui on l'on voyait Nicolas et Pimprenelle, véritables miroirs des enfants que certains d'entre nous étions. Faut-il y voir une sorte de haine de soi inconsciente chez des français penauds qui, dans le fond, ne sont pas très fiers de cette France qu'ils ont construite et de ces politiciens qui les représentent?
   Car le fait est là! Nicolas Sarkozy a été élu par une large majorité confirmée ensuite aux élections législatives, alors que Ségolène Royal a mené une campagne et a obtenu des résultats très honorables. Il faut donc bien reconnaître que Nicolas et Ségolène incarnent bien la France, chacun à sa manière.
   Les français, dans une large majorité, se rendaient compte que d'une manière ou d'une autre, il fallait du changement. Le président incarne parfaitement cette aspiration. Ils souhaitaient une France plus affirmative de ses valeurs, plus fière de son identité, moins tolérante devant les fascinations d'un exotisme facile, tout cela, il l'ont eu, du moins ne partie, avec Nicolas Sarkozy. Ils voulaient aussi une France plus juste, des services publics défendus, une Europe plus sociale, tout cela a bien été incarné par Ségolène Royal, ainsi d'ailleurs que François Bayrou qui n'a pas dit son dernier mot.
   Mais ils ont été surtout sensibles au charme et à la vigueur de Ségolène ainsi qu'au dynamisme de Nicolas.
   Et c'est là qu'on en arrive aux choses désagréables. Car les français étaient prêts à pardonner à Ségolène toutes les gaffe, tandis qu'ils adorent en secret les valeurs représentées par Nicolas, tout en faisant ouvertement profession de les détester. Leur rêves les plus secrets ne sont-ils pas de faire comme lui, s'ils le pouvaient? Vivre dans le luxe, épouser une des plus jolies femmes, vedette du show biz de surcroît? Et les "bobos" de gauche sont mal venus de le critiquer, alors que leurs pratiques sont exactement les mêmes, la bonne grosse bonne conscience altermondialiste dégoulinante de moraline en plus.
   Bref, les hommes et les femmes politiques, tous, sont à l'image du peuple qu'ils sont appelés à représenter.
   Les politiciens ont les yeux rivés sur les sondages, et leur image est dans une large mesure le résultat des conseils que leur prodiguent leurs experts en communication. L'image des hommes politiques est donc l'exact reflet de ce que les gens attendent. On ne peut pas leur reprocher leur image ou leur attitude, car en les critiquant, les français se critiquent eux-mêmes. Aussi les politiciens prennent-ils garde, en particulier, de ne pas avoir un discours trop "intelligent", trop "rationnel", trop "expert", c'est-à-dire ce que devrait être en réalité un discours politique si ce peuple avait encore une once de dignité. Un homme politique qui tiendrait un discours rationnel, argumentant sérieusement sur le fond, serait bien vite discrédité comme le prouve le cas pas si lointain de François Léotard ou Michel Rocard, littéralement détruits politiquement par les amuseurs publics et démagogiques d'une télévision privée D'où la dérive démagogique des argumentaires de gauche qui étaient pourtant traditionnellement plus proches de la rationalité que la droite. Aujourd'hui, ce sont surtout les éditorialistes de droite comme Slama ou Rioufol qui développent des arguments rationnels suscitant la critique aussi énervée que vide de leurs adversaires.
   Mais voilà, faute de pouvoir mener une réflexion politique sérieuse et des programmes crédibles, il est plus facile de s'en prendre à Nicolas et Pimprenelle, les deux marionnettes de l'enfance, remplacées dans l'imaginaire collectif par les marionnettes de Canal+. en attendant le nouveau passage du marchand de sable qui replonge dans la torpeur du bling-bling et des paillettes.
   Mais l'anesthésie ne peut pas durer toujours face aux lourdes menaces économiques et culturelles qui pèsent sur le destin de la France, sur ses valeurs, sur ses libertés, et faute d'avoir voulu regarder certaines réalités en face, le réveil risque d'être cruel.

 

Par Fabrice Guého
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus