Dimanche 5 juillet 2009

L'augmentation préoccupante de femmes totalement cachées dans nos rues a été largement commentée, et il faut espérer que les 6 mois nécessaires à la commission parlementaire constituée suffiront à résoudre ce problème à vrai dire fort simple.

Quelques arguments essentiels ont été abordés dans l'excellente émission sur France 2, "mots croisés" du  29/06/2009. On peut la voir ici en entier:

http://info.francetelevisions.fr/video-info/player_html/index-fr.php?id-video=manuel_ftvi_mc_20090629_300620090925_F2&chaine=&id-categorie=&ids=


ou en consulter des extraits ici:
http://www.fdesouche.com/articles/50502


Pourtant, deux points essentiels n'ont jamais été cités, à ma connaissance.


1° Il suffirait d'interdire purement et simplement de cacher son visage dans l'espace public. La question serait ainsi réglée, et l'islam ne serait pas visé en tant que tel.


2° La justification souvent donnée par les défenseurs du voile ou de la bourka consiste à dire que les femmes veulent se cacher par pudeur. On peut comprendre cette attitude dans une société peu évoluée, archaïque, où les hommes ne sont guère évolués et peu éduqués. Cacher le corps des femmes est dans ce cas une réponse parmi d'autres pour éviter la violence de mâles primaires.


Mais depuis plusieurs siècles déjà, en Occident, l'éducation a fait des progrès. Un homme peut très bien regarder une femme sans y voir immédiatement un objet de désir. On peut aussi prendre plaisir à regarder des jolies filles dans la rue en se contentant d'un plaisir esthétique qui se suffit à lui-même. Il s'agit là non d'un regard concupiscent, mais de l'esthétique d'une sublimation maîtrisée, ce qui est un signe de civilisation contre la barbarie. D'ailleurs, beaucoup de femmes prennent plaisir à ce jeu subtil du regard.

Dès lors, l'argument de la pudeur ne tient plus. Qu'on lise le texte suivant de Max Scheler, extrait de sou essai "la pudeur":


"Ou bien encore une femme très pudique peut, par moments, aimer un homme au point de se perdre en lui tout entière, de consacrer toute sa sensibilité à le contempler, bien qu'elle se trouve en une situation fort impudique ; mais, que cette extase amoureuse se relâche un tant soit peu, que cette femme commence à prendre conscience d'elle-même et de son corps, et la pudeur apparaît aussitôt. Nous trouvons donc ici encore le mouvement caractéristique du retour sur soi. De même le fait de « se savoir regardé » ne suffit pas par lui-même à provoquer la pudeur. La femme la plus honnête peut fort bien, quoique pour des motifs très différents, éprouver aussi peu de honte devant le peintre auquel elle sert de modèle, devant le médecin qui l'examine ou même le serviteur qui assiste à son bain, qu'en présence de l'être aimé dont la vue l'absorbait tout entière. Si elle se sent « donnée » au peintre comme un lieu de phénomènes esthétiques, comme un objet visuel qui a une valeur artistique, ce retour sur soi ne peut se produire ; et il n'est pas possible non plus, si elle se sait donnée au médecin à titre de « cas », ou au serviteur comme « la maîtresse ». La raison est ici partout la même : elle ne se sent pas donnée comme « individu ». Mais il est clair également qu'à l'inverse, si elle se sait donnée seulement comme « individu », il n'y a pas là non plus de motif de pudeur. Car c'est justement le cas quand elle est en présence de l'homme aimé." (p. 79)


Autrement dit la pudeur apparaît chez la femme dénudée lorsqu'il y a dissymétrie entre le regard de l'homme et sa propre intentionnalité. La femme dénudée n'a pas de pudeur quand le médecin l'examine en tant que patiente. Par contre, si le regard du médecin changeait, s'il portait un désir, elle pourrait à nouveau éprouver de la pudeur. Même chose avec la femme qui pose pour le peintre.


On mesure ainsi à quel point est risible l'argument de ceux (et surtout celles...) qui prétendent justifier le voile par la pudeur. Car il se trouve que dans un pays civilisé comme la France il en faut plus pour pousser un homme à manquer de respect à une femme simplement en voyant sa chevelure! Ici, on a compris contrairement à d'autres que l'éducation des hommes leur permet de maîtriser leur libido, et même d'y voir l'occasion d'une complicité ludique entre les sexes.


Toute cette affaire manifeste donc bien ce que le philosophe Abdenur Bidar appelle à juste titre une "pathologie religieuse"; Il est d'ailleurs le seul à avoir évoqué l'idée d'aliénation, ce que plus personne n'évoque guère aujourd'hui.


Voir également le blog d'Ivan Rioufol:
http://blog.lefigaro.fr/rioufol/2009/06/bloc-notes-pourquoi-il-faut-in.html

 

 

Par Fabrice Guého
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Samedi 14 mars 2009

 

Il est des mots qui permettent de penser, il en est d'autres qui brouillent la réflexion. Le mot instrument libère, le mot-obstacle enferme dans l'incapacité de comprendre.
Ainsi le mot "diversité", nouveau slogan qui permet à chacun de choisir son camp et de jauger ses pairs. Pour les uns, la France s'enrichirait de l'apport de nouvelles populations, ce qu'elle a du reste toujours fait, de sorte que plus sa population est "diverse", plus sa richesse et sa force seraient grandes. Pour les autres au contraire, cette diversité est un appauvrissement, le renoncement à la pureté nationale, l'abdication devant l'étranger.

A force de caricaturer ainsi, on finit par ne plus savoir de quoi on parle.
Le mieux est alors, comme toujours, de revenir vers son dictionnaire favori. Ainsi, le Robert et le Littré sont d'accord pour définir la diversité comme caractéristique de réalités que l'on qualifie de diverses, c'est-à-dire "qui présentent des différences intrinsèques et qualitatives,"


La diversité n'est pas nouvelle.

Dans ce cas, on ne comprend pas trop bien. Car le débat actuel sous-entende qu'auparavant, il n'y avait pas de diversité en France, alors que maintenant, il devrait y en avoir plus ou, au contraire, il y en a trop. On remarque tout de suite l'absurdité de cette conception. Car supposer que la France ait jusqu'ici été composée d'hommes et de femmes pouvant échapper à cette description, c'est croire qu'ils étaient totalement dépourvus de "différences qualitatives", c'est-à-dire, en somme, absolument tous identiques. Bref, avant la diversité, il n'y avait en France que des clones de Robert Bidochon..

En réalité, bien entendu, la diversité, nous l'avons déjà. La France, comme tous les autres pays, est composés d'individus tous uniques, tous différents. On a même ici, en quelque sorte, une diversité infinie, puisqu'il n'y a pas deux hommes qui soient absolument semblables, même chez les jumeaux où l'on remarque déjà une diversité de caractères, de goût, de sensibilité.

Chacun aura compris que ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Mais alors, veut-on parler de diversité d'individus qui se caractériseraient néanmoins par des traits communs, à savoir des comportements, des choix, des valeurs? Là aussi, rien de nouveau, cette diversité-là, nous l'avons aussi, et depuis toujours. Les agriculteurs, les ouvriers, les cadres, les administratifs, les sportifs, les artistes, les militaires, les commerçants, les rentiers constituent des groupes sociaux qui partagent des valeurs communes, des pratiques, des habitus. Les musiciens de jazz, les amateurs de fromage, les informaticiens, les sportifs, etc.. ont incontestablement des repères culturels et des habitus communs. Il y a bien une "culture sportive" comme il y a une culture musicale, même si celle des jazzmen n'est pas la même que celle des organistes par exemple. Notons au passage que tous les musiciens se réfèrent aux mêmes règles de base de l'harmonie.
On a là effectivement une réelle diversité qui est une richesse pour la nation parce que, au-delà de ces différences, on trouve aussi des références communes.

Mais ce n'est pas nouveau. Pourquoi, alors, parle-t-on aujourd'hui de la "diversité" comme un problème? Ce n'est pas l'ensemble des caractéristiques qui permet de situer un groupe social qui pose problème, mais certaines caractéristiques. Lesquelles? Veut-on parler, par exemple, de l'appartenance religieuse?


Racines chrétiennes et apports multiples.

Mais on sait depuis longtemps que les racines de la France sont chrétiennes, ce qui n'a pas empêché d'abord des variantes importantes dans ce christianisme fondamental, jusqu'au protestantisme. En outre, les juifs ont eu un apport tout-à-fait fondamental dans cette identité française. Même si les choses sont loin d'avoir été toujours faciles, l'affaire Dreyfus a été un événement fondateur de la modernité française, lorsque la justice a finalement triomphé, par où la France se réconciliait avec son génie propre. La philosophie des lumières et un certain athéisme militant ont eux aussi joué un rôle important en aidant l'homme occidental à retrouver confiance en lui-même au lieu de se sentir misérable devant une divinité qui l'accable et l'écrase. C'est même probablement la pensée des lumières qui a aidé les chrétiens à retrouver leurs propres racines spirituelles plus proches du messages évangélique que de la glaciation institutionnelle médiévale.

Bref, toutes ces familles de pensée constituent bien l'identité nationale sans qu'on n'ait jamais éprouvé le besoin de parler de diversité.

Ce n'est donc pas une diversité nouvelle qui pose problème, mais le fait qu'il s'agit d'une diversité radicale, une diversité qui veut rester diversité, une diversité qui ne veut surtout pas renoncer à ce qui fait qu'elle reste irréductible à toute unité. Naguère, on insistait sur l'intégration, sur l'unité, sur ce qui est fédérateur. Aujourd'hui, au contraire, on prétend insister sur ce qui distingue. Jusqu'à maintenant, les divers groupes sociaux qui constituaient la société française n'avaient pas besoin de plaider pour la diversité pour se défendre contre le risque de dissoudre dans un universalisme national abstrait. Ainsi, par exemple, les immigrés portugais ou les italiens, sans parler des polonais, ont le plus souvent conservé sur plusieurs générations des pratiques et des valeurs communes, qui les ont aidés à supporter la vie en terre étrangère mais qui ne les ont pas empêché, au bout du compte, d'intégrer la communauté nationale sans problèmes sur deux générations, à peine.


La nouvelle diversité problématique.

Au contraire, c'est à propos des nouvelles populations arabes et africaines que la question se pose. Il faudrait maintenant que les français acceptent la diversité pour la diversité, c'est-à-dire, finalement, que l'on renonce à demander à ces populations de devenir françaises. C'est d'autant plus paradoxal que ces populations sont nées en France et sont donc françaises de plein droit. Les jeunes des banlieues ont grandi en France, ont été plus ou moins bien éduqués dans les écoles françaises.

En quoi, ici, la "diversité" devrait-elle être considérée comme nouvelle au point de devoir être acceptée comme telle? Ce qui est nouveau, c'est d'abord la couleur de la peau. La diversité ce serait celle qui se voit le plus, celle de ce qu'on appelait naguère la "race", concept purement phénoménologique ici, sans intention discriminatoire.

La chose n'est pas nouvelle, il y a des noirs, des arabes et des asiatiques depuis très longtemps en France. Et l'idée de parler de diversité à ce sujet aurait été considérée comme farfelue. Quand je discutais, naguère, avec un copain arabe, je me fichais complètement qu'il soit arabe ou tout ce qu'on voudra. Quand je discute avec un collègue prof de philo noir, dans un jury d'examen, je me fiche pas mal de la couleur de sa peau. A vrai dire, au téléphone, je n'y pense même pas.

Dès lors, serait-ce pour désigner le pluralisme des races qu'on ferait l'éloge de la "diversité"? Ce serait contradictoire avec l'idée selon laquelle toute distinction raciale serait au bout du compte discriminatoire, puisque, officiellement, il n'existe pas de races.
Quoique…. Le CRAN réclame des mesures en faveur... des noirs ! Certains, aux Antilles, parlent de génocide par substitution pour désigner l'installation de blancs, et voudraient bien mettre en place une politique des quotas! Bref, quand les noirs français réclament des mesures spécifiques, ce n'est que justice; quand les antillais refusent l'installation de blancs en Gouadeloupe ou en Martinique, c'est la juste défense d'une identité menacée. Mais quand les français réclament une immigration limitée, c'est du racisme.


Incohérence des antiracistes qui prônent la diversité.

On aboutit alors à une étrange équation entre race et culture.
-Justifier le pluralisme culturel au nom du pluralisme des races est raciste.
- Justifier le pluralisme des races en soulignant les différences de pratiques culturelles est raciste.
Mais:
-nier les différences culturelles est intolérant;
-ne pas reconnaître aux hommes le droit de se reconnaître dans des cultures différentes selon leur race est intolérant.

Autrement dit, traiter un noir comme un noir, c'est raciste, mais ne pas accepter qu'un noir se définisse lui-même comme noir avant de se définir comme français est intolérant, une sorte de racisme à l'envers.

Ici, on voit bien que le mot "diversité" permet de surtout ne pas poser les questions qui fâchent. Car de deux choses l'une:
Ou bien on admet l'existence de races qui devraient déterminer la culture. Les noirs ou les arabes devant naturellement choisir un certain mode de vie parce qu'il est adapté à leur nature raciale. Dans ce cas, il n'y a aucune raison pour que ces gens vivent en France, car leurs valeurs sont incompatibles avec les nôtres.
Au contraire, plaider pour la diversité culturelle obligerait à admettre un substrat non-culturel, c'est-à-dire finalement racial.
La question n'est donc pas la diversité des "cultures" puisque nous l'avons déjà. Notre société est déjà composée d'une multitude de groupes qui peuvent se caractériser par une pratique  culturelle spécifique.


Diversité et juxtaposition

La diversité qu'on veut nous faire admettre, c'est la présence d'autres groupes humains aux coutumes, pratiques et valeurs radicalement différentes. La diversité est un joli mot pour enrober la brutale juxtaposition de cultures qui s'ignorent ou se combattent.

Si aujourd'hui on nous pose la question de cette "diversité", c'est pour aller plus loin. Est-ce la question d'une diversité raciale? Non, car de deux choses l'une: ou bien on pense qu'il y a un lien de dépendance entre culture et race. Dans ce cas, la réponse serait évidente: à chaque race sa culture, et il faut alors éviter les mélanges qui fâchent. Ou bien on admet que la culture ne dépend pas de la race (qu'elle existe ou non), et dans ce cas, on retombe dans le pluralisme ouvert évoqué au début.
Mais alors pourquoi le problème se pose-t-il? Parce que la situation actuelle pose des problèmes nouveaux qu'on n'ose pas aborder clairement: la présence sur notre territoire de cultures "closes", c'est-à-dire qui n'admettent pas volontiers ce pluralisme culturel que l'on voudrait bien nous imposer. En clair: les français dits "de souche" devraient accepter des cultures étrangères qui, elles, ne seraient pas obligées à la même ouverture.  Les "blancs", les "gaulois" comme disent les banlieusards, devraient faire preuve d'ouverture d'esprit, de tolérance. Mais on ne devrait pas exiger la même chose des africains ou des arabes sous prétexte qu'il faut apprendre à accepter la différence.
Il faut bien comprendre que cette dernière attitude est fondamentalement raciste. Car elle suppose finalement que les étrangers sont moins hommes que les blancs, puisqu'on n'ose pas attendre d'eux ce qu'on exige des blancs.

Mais quel est le statut de ces prétendues "cultures diverses" qu'il nous faudrait admettre?
Il est évident aujourd'hui qu'il faut affirmer l'unité de l'être humain, au-delà de ses variantes raciales.  On ne croit plus, comme Hésiode et les anciens, que des races d'hommes diverses se sont succédé à la surface de la terre. Mais alors il faut en tirer les conclusions implacables: la diversité culturelle est une contradiction, car le propre d'une invention humaine c'est de pouvoir se transmettre. Un cuisinier français peut très bien cuisiner chinois, et inversement. La culture humaine doit pouvoir se partager. Un apport culturel est un apport à l'universel, il n'appartient à personne. Ceux qui refusent cette universalité au nom d'une prétendue identité se défendent artificiellement parce qu'ils sentent bien, au fond, que leur culture est archaïque, rétrograde, moyenâgeuse. Comment peut-on défendre, sans rire, aujourd'hui, l'interdiction du permis de conduire aux femmes? Sans parler de l'accoutrement fantomatique qu'on voit poindre ça et là dans nos rues? Les cultures simplistes croient que le regard de l'homme sur les femmes est toujours porteur de désir et attentatoire à la pudeur féminine. Les cultures modernes, évoluées, qui ont intégré les apports de l'anthropologie et de la psychanalyse, sans parler de la phénoménologie, savent bien qu'il est possible de construire une complicité ludique entre les sexes, et que par ailleurs toutes les relations humaines ne sont pas systématiquement érotisées. En occident, on peut très bien discuter avec une femme sans immédiatement penser au sexe. Pour les cultures qui ont peur de la sexualité et qui en sont de ce fait obsédées, surtout pour les hommes, la seule solution est de cacher les corps. Pour une culture de la liberté, moderne, cacher les corps devient inutile, parce que la sexualité n'est plus obsessionnelle.


Toutes les cultures sauf la culture française?

Les français dit "de souche" sont, on le sait, issus d'apports migratoires multiples. Qu'ils soient d'origine bretonne, juive, polonaise, portugaise, italienne, africaine ou arabe..On n'a jamais éprouvé le besoin de parler de diversité ou de métissage, car les choses allaient de soi, au bout d'une ou deux générations .

Exiger que l'on accepte la diversité, c'est demander l'acceptation de la simple juxtaposition de cultures qui par nature seraient incapables d'échanger. C'est donc renoncer à l'universel au profit du communautarisme.

Certes, vouloir détruire la diversité des cultures au nom d'une conception abstraite de l'universel pourrait bien être un appauvrissement. La "civilisation" dont parle Lévi-Strauss est en ce sens composée de multiples apports culturels:
"la civilisation implique la coexistence de cultures offrant entre elles le maximum de diversité, et consiste en cette coexistence. La civilisation mondiale ne saurait être autre chose que la coalition, à l'échelle mondiale. des cultures préservant chacune son originalité" (Anthropologie structurale 2, p. 417, cité, in Patrice Maniglier, Le vocabulaire de Lévi-Strauss, Collection Le Vocabulaire de..., Editions Ellipse, 2002).
La diversité ainsi comprise est déjà difficilement défendable au niveau mondial, On ne peut que se réjouir de la disparition de certaines cultures comme on le voit dans le beau film de Mel Gibson, Apocalypto.  En réalité, la civilisation, c'est-à-dire en fait l'occident, est la seule culture à s'être réellement intéressée aux autres cultures. Le souci obsessionnel de l'autre est une vertu exclusivement occidentale. La soi-disant tolérance de l'Andalousie mauresque à l'égard des juifs les cantonnait dans un statut inférieur. De ce point de vue, on voit se dessiner deux modèles d'intégration de cultures étrangères. Aux Etats-Unis, nation immigrée par nature, les étrangers sont acceptés avec leurs coutumes, mais on exige d'eux fortement et fermement qu'ils adhèrent aux valeurs américaines fondamentales. Au contraire, la Grande-Bretagne offre l'exemple peu enviable d'une nation qui intègre des cultures étrangères en renonçant à ses propres valeurs.


La diversite est un apauvrissement.

Au niveau d'une nation, sur un territoire déterminé, on ne peut accepter la coexistence juxtaposée de "cultures" qui s'ignoreraient délibérément, qui seraient closes, repliées sur elles-mêmes, à moins de souhaiter la disparition pure et simple de cette nation, ce qui après tout pourrait se défendre. Il faut juste être lucide sur ce que l'on veut réellement. Mais si la nation disparaît, il y a fort à parier que les cultures les plus intolérantes qui la composaient ne prennent le dessus. Mel Gibson a donc raison d'ouvrir son film avec une citation de Will Durant : "Une grande civilisation n’est conquise de l’extérieur que si elle est détruite de l’intérieur."


Les échanges entre cultures différentes peuvent être un enrichissement réciproque. En ce sens, c'est le commerce mondial qui, comme le souligne Jacques Attali, a largement contribué au progrès des peuples. Mais cela ne signifie pas que tout échange soit forcément un enrichissement. Par exemple, le fameux "Mozart égyptien" montre bien que, finalement, la juxtaposition de modes culturels différents aboutit finalement à un appauvrissement réciproque: on n'y retrouve rien de Mozart, toute la finesse disparaît, et les experts en musique orientale ne s'y retrouvent pas non plus, car on n'y entend que quelques accords ou mélodies plaquée sur une structure étrangère.

Cette diversité dont on nous rebat les oreilles n'est qu'un slogan démagogique pour désigner toute une série de renoncements qu'on voudrait bien nous voir accepter. Accepter la présence de groupes nouveaux qui ne partageraient pas les mêmes valeurs que celles admises en France ou en tout cas présentées depuis longtemps comme désirables. La France défend la laïcité, mais on voudrait bien des exceptions pour ceux qui ne l'acceptent pas. La France prône l'égalité des sexes, mais on voudrait que tous ne soient pas obligés d'y adhérer. Beaucoup de français sont sensibles à la douleur animale, mais on accepte que dans les abattoirs on préfère faire souffrir les bêtes qu'on abat pour ne pas heurter des croyances archaïques.

Enfin, au nom de cette diversité, on prétend promouvoir des mesures correctives qui aboutissent à une discrimination négative en défaveur des français de souche, surtout chez les jeunes d'origine modeste qui n'ont pas eu la chance de vivre dans une banlieue peuplée d'immigrés.

Le véritable enrichissement, c'est quand une valeur culturelle devient le bien de tous. La cuisine indienne ou les percussions africaines appartiennent désormais à l'humanité toute entière, il n'y a donc plus lieu ici de parler de diversité.
Alors, que reste-t-il finalement


La diversité, c'est l'archaïsme.

On ne peut parler de diversité que pour les mœurs et les valeurs qui ne peuvent pas s'intégrer dans l'universel, tout simplement parce que non compatible avec les progrès de l'humanité, c'est-à-dire les acquis jugés désirables par la majorité des humains éclairés. Ne reste donc repérable comme diversité que ce qui est irrécupérable pour le bien de l'humanité. Comment une mère pourrait-elle souhaiter l'excision ou la bourka pour sa fille? Le mariage forcé? Le vitriol? La laideur vestimentaire? C'est ça, la diversité! Tout le reste est déjà peu ou prou assimilé par la culture universelle, c'est-à-dire par l'occident: cuisine, musique, vêtements et même philosophie.

La vraie richesse, c'est le progrès de valeurs communes, pas le renoncement régressif.

Ce qui ne peut se partager ou à tout le moins se comprendre est archaïque.
Accepter la diversité, c'est-à-dire accepter ceux qui ne l'acceptent pas, c'est renoncer à soi pour se plier aux valeur des autres, quitte à reculer de plusieurs siècles.

La seule véritable diversité est celle que dit bien le mot français "divers" dans son usage ancien, selon le Robert: "Qui présente plusieurs aspects, plusieurs caractères différents, simultanément ou successivement." La seule vraie diversité est donc la diversité infinie des individus, tous différents en effet, à la condition qu'ils n'abdique pas cette richesse intérieure pour se fondre dans l'identitaire informe du communautarisme. Au contraire, la vraie diversité suppose non pas l'éclatement, mais l'unité du tout comme le rappelle cette remarque de Vauban citée par Littré: " La diversité du terroir dont toutes les provinces du royaume sont composées,"

Par Fabrice Guého
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Mardi 24 février 2009

Il y a vraiment des jours où on a l'impression de ne plus rien comprendre…

 

Aimé Césaire naguère parlait de "génocide par substitution". De plus en plus de "blancs" en Martinique, c'est une menace de génocide. Imaginez qu'on dise la même chose de nos banlieues ou de certaines villes. Regardez et écoutez cette vidéo et inversez le raisonnement pour l'appliquer au 93….

 

Bon, les races n'existent pas, soit. Sauf pour la race blanche qui envahit les Antilles…

 

Chacun, dit-on, a le droit de défendre sa culture. Soit. Les africains, les arabes, les asiatiques peuvent légitimement défendre leur culture d'origine et c'est très bien. Et la culture européenne? Ah non, elle doit accepter l'apport de l'Autre, la richesse, le métissage, la diversité.  D'ailleurs, en elle-même, elle n'est rien, elle doit tout aux autres cultures… Elle est déjà faite de diversité, elle est déjà métissée par nature. Les autres cultures, elles, doivent naturellement être conservée dans leur pureté.

 

Parce que, tout ça, c'est une question d'identité. Il y a l'identité africaine, arabe, asiatique… mais attention, parler d'identité européenne ou française, c'est raciste, intolérant. Les autres ont le droit d'avoir une identité. Soit.

 

Cette identité d'ailleurs justifie la revendication d'une nation, d'un Etat. C'est pourquoi on défend la revendication des Palestiniens qui réclament un Etat parce qu'ils constituent une nation.. Ah, tiens, l'idée de nation a encore un sens? Moi qui ai lu Toni Négri, je croyais que c'était la pire des choses?  Vouloir un Etat palestinien, c'est progressiste. Défendre l'Etat français, c'est rétrograde….

 

D'ailleurs, les méchants racistes qui critiquent l'immigration n'ont pas compris que le "droit du sang", c'est rétrograde, parce que, ce qui compte, c'est le "droit du sol".  Les français d'Algérie auraient bien été contents d'entendre ça il y a 50 ans… Les "métropolitains" (cad blancs) nés aux Antilles et de plus en plus victimes de racisme aussi. Les chrétiens persécutés au Moyen-Orient, dont on ne parle jamais ici, seraient rassurés eux aussi…

 

Vous avez compris? C'est ça, la pensée complexe. Il ne faut plus dire "crayon noir", ça c'est raciste. Il faut dire "crayon de couleur"…

 

Par Fabrice Guého
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Mardi 24 février 2009
Je tiens à préciser que je ne suis pas responsable du choix du contenu des publicités diffusée sur ce blog. J'ai constaté une juxtaposition plutôt choquante... que mes lecteurs m'en excusent.
Par Fabrice Guého
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Lundi 15 septembre 2008
Lors de son voyage en France, le pape Benoît XVI a rappelé que le devoir de tout chrétien est la prise en compte de la souffrance humaine et donc aussi, tout naturellement, celle de l'immigré. Il est en cela dans son rôle. Encore faut-il comprendre les limites d'une telle exigence morale.

Le devoir d'hospitalité et d'aide au démuni peut parfois en effet aller, chez les saints ou les apôtres, jusqu'au renoncement à ses propres richesse. Mais la morale chrétienne n'exige pas que le riche (ou simplement celui qui a accumulé un capital tout au long de sa vie, grâce à son travail) distribue sa richesse aux pauvres. Elle n'exige pas que la famille française qui a pu, au fil des années, rembourser un prêt pour l'achat d'une maison, en fasse cadeau à un collectif de sans-papiers pour se retrouver elle-même SDF dans la rue.

Aussi, ceux qui voient dans le discours chrétien un appel à ouvrir les frontières à une immigration massive, sous prétexte d'hospitalité, se trompent gravement. Car il est de plus en plus clair que l'immigration au-delà d'un certain seuil de tolérance pose de graves problèmes tant que les nouveaux venus n'ont pas adopté un minimum de valeurs communes et de comportements communs avec la société d'accueil.

 >    On ne rend pas service au peuple français en accueillant trop d'immigrés. A vrai dire, il faudrait plutôt suspendre toute immigration nouvelle tant que les populations étrangères de deuxième ou troisième génération ne sont pas parfaitement intégrées et ne se sentent pas pleinement françaises. Comme le disait le Parti Communiste jusqu'à la fin des années 1970, l'immigration est un obstacle au progrès social, car cela permet un chantage au salaire. De fait, c'est toujours le cas, aujourd'hui, dans la violence économique que subissent les plus pauvres.

>     On ne rend pas service aux immigrants eux-mêmes, car il passent du statut d'hommes libres dans des  pays souverains au statut de quasi-esclaves sous-payés et sur-exploités, alors que les candidats à l'immigration sont souvent des hommes courageux, en fait l'élite des pays d'origine dont l'énergie serait mieux employée à faire évoluer leur propre nation, quitte à organiser des bouleversements politiques pour éliminer leurs gouvernants corrompus et incapables.

Le riche qui accueille le pauvre ne doit pas pour autant renoncer à sa richesse, sauf s'il vise la sainteté Or, la morale chrétienne, en particulieir catholique, n'exige pas de chaque chrétien qu'il vise la sainteté. On lui demande simplement l'humilité de reconnaître ses faiblesses humaine et de s'efforcer de les dépasser.  Le pays d'accueil des immigrants ne doit pas accueillir une population dont la présence aggraverait tous les problèmes sans pour autant apporter de solution ni pour les migrants ni pour les pays d'origine.

Il ne faut pas laisser aux racistes le monopole du débat sur l'immigration. Il faut au contraire avoir le courage de dire que, politiquement, on a le choix entre deux modèles possibles.

1) Premier modèle. On décide que tout homme a le droit de s'installer où bon lui semble. Tout homme ou toute femme qui le désire devrait donc pouvoir venir librement en France, s'y installer et acquérir la nationalité française. Dans ce cas, il ne serait plus possible de maintenir le modèle français de solidarité, car si la sécurité sociale ou les  retraites sont déjà au bord de la ruine avec 65 millions d'habitants, qu'en serait-il avec 120 millions, comme semblait le souhaiter l'abbé Pierre? Une telle solution politique serait néanmoins possible, mais à la condition de supprimer toutes les aides publiques et de les remplacer par des assurances privées, chacun se débrouillant comme il peut. La solution "frontières ouvertes" est en fait une solution ultra-libérale de droite, et il est ahurissant de voir que les gens de gauche ne s'en rendent pas compte.

2) Second modèle. L'autre solution consiste bien entendu à suspendre toute immigration, à prendre soin de nos populations les plus fragilisées, mais en leur rappelant les bases de notre contrat social, et de continuer à travailler au progrès de tous. La France pourrait poursuivre les innovations politiques dont elles a toujours été capable, et devenir ainsi un modèle pour les autres nations. Là est, selon moi, une vraie position progressiste de gauche, pour autant que ce mot ait encore un sens aujourd'hui. Mais ne rêvons pas. La gauche n'a plus de doctrine positive à proposer, sinon la critique systématique de tout ce que font les autres.



Dans mon article identité française et Immigration, j'ajouterai régulièrement les quelques liens qui me paraissent intéressants sur ces questions.
Par Fabrice Guého
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Vendredi 29 août 2008

Marx aurait écrit quelque part qu'une idée se transforme en force matérielle dès qu'elle pénètre les masses. Le moins qu'on puisse dire est qu'elle y met du temps, beaucoup de temps parfois. Il suffit de comparer les débats et publications sur n'importe quelle question et leur retentissement dans la conscience populaire, puis dans les décisions des politiques. Pour s'en convaincre, il suffit de prendre quelques exemples que chacun connaît comme l'écologie et l'environnement, l'éducation, l'économie, l'immigration, l'automobile, les médecines alternatives.

L'écologie et l'environnement.

En 1973, René Dumont publiait au Seuil L'utopie ou la mort. En 1974, il mena une campagne très bien médiatisée, soutenue par des militants actifs. Tous les français avaient alors entendu parler de pollution, de l'aberration du modèle de transports basés sur l'automobile, la nécessité de tramways dans les villes, etc… Mais les écologistes passaient au yeux de la populaiton pour de doux rêveurs. Il a fallu attendre près d'une trentaine d'année pour que ces idées deviennent vraiment populaires, à l'occasion de la question polémique sur le réchauffement climatique.

L'éducation

Autre exemple. La massification de l'éducation à partir des années 60 a été une bonne chose. Mais nombreux sont ceux qui, dès la fin des années 70, ont déonocé non pas le principe même d'une telle massification, mais la manière dont elle était conduite. Au début des années 80, la question de l'enseignement privé a été l'occasion d'affrontements idéologiques, simplistes comme toujours. A partir de 1985, des livres et articles nombreux ont été publiés à propos de l'école et de ses problèmes. L'essentiel du diagnostic était posé, des solutions étaient proposées. En vain. Cette fois, il a fallu attendre 20 ans pour que l'idée d'un retour à des règles du jeu claires s'exprime en plein jour, notamment dans la campagne de Ségolène Royal, ce qui lui a valu d'être traitée de "fasciste" dans son propre camp.

L'immigration

Avec le développement économique, on a fait appel dès les années 60 à une main-d'oeuvre immigrée pour compenser l'absence de main-d'oeuvre en France en particulier pour les métiers les plus difficiles. Très vite les syndicats y ont vu l'occasion pour le patronat de freiner les revendications salariales ou de casser le mouvement social. Thierry Desjardins dans son livre lettre au président sur l'immigration rappelle que le parti communiste a été longtemps opposé au recours à l'immigration massive et l'immigration n'est finalement devenue une question honteuse qu'à partir du moment où, abandonnée par la gauche pour des raisons démagogiques, elle est devenue un thème central de l'extrême droite. Ce transfert est d'ailleurs complètement illogique car on accuse volontiers l'extrême droite de racisme. Or, un raciste conséquent n'hésiterait pas à employer de la main-d'oeuvre traitée en esclave à partir du moment où il considère que ces gens appartiennent à une race inférieure. Une extrême droite raciste s'accommoderait donc tout à fait du maintien de l'emploi d'une main-d'oeuvre immigrée dans des tâches subalternes mal payées comme elle n'était pas naguère opposée à l'esclavage.

Au contraire on peut être opposé à l'immigration massive à partir d'une conception privilégiant l'égalité en droit et en dignité des êtres humains, en récusant toute différence entre les races. L'immigration transforme des êtres humains courageux en esclaves déracinés et prive leur pays d'origine d'une population qui pourrait y jouer un rôle économique dynamique et un potentiel de contestation politique, facteur de progrès, en forçant les responsables politiques locaux à prendre vraiment leur responsabilités. L'immigration permet aux pays d'accueil de de nas se poser les vraies questions. Ainsi, puisque tous les jeunes veulent devenir ingénieurs, enseignants, musiciens, artistes et j'en passe, ce qui est parfaitemetn légitime, il faut alors se poser courageusement la question du partage des tâches subalternes et des corvées. Or, on sait que la meilleure formation est encore l'expérience, même si elle n'est pas la seule. Les étudiants pourraient par exemple financer leurs études en accomplissant des travaux difficiles mais formateurs.
Bref, l'immigration est une mauvaise solution non pas parce que s'y opposer serait du racisme mais au contraire au nom même d'une doctrine qui fait de l'être humain une valeur centrale et qui exige toujours comme le dit Kant de traiter les êtres humains toujours comme une fin et jamais seulement comme un moyen. 
À partir des années 80, cet incroyable retournement de l'opinion a brouillé toutes les cartes et a conduit à une véritable confusion mentale interdisant de regarder en face les véritables problèmes et de se poser réellement les vraies questions. Ainsi, jusqu'à quel point peut-on faire cohabiter des êtres humains issus d'univers culturel différents et par ailleurs très peu au courant de ce que leur propre culture d'origine a produit de meilleur? Est-il véritablement légitime de ne traiter la question du partage des corvées qu'en ayant recours systématiquement à une main-d'oeuvre étrangère?

Ici comme toujours, la culture dominante a produit des représentations qui loin d'éclairer la réalité constitue au contraire un obstacle à sa claire compréhension. Ainsi pêle-mêle l'autre avec un grand A, la tolérance la richesse des autres cultures la richesse du métissage. On en est même arrivé à ce curieux mouvement contraire qui valorise systématiquement les cultures étrangères dans leurs moindres productions les plus inintéressantes et inversement on dénigre systématiquement la culture classique occidentale comme signe de la domination d'une classe, d'une caste. Le plus curieux des résultats est que finalement toutes les autres cultures, qu'elles soit africaines maghrébines asiatiques ont un droit d'exister mais la culture occidentale doit être méprisée comme la manifestation archaïque d'un attachement pathologique au passé. Bref les autres ont le droit d'avoir une culture, mais pas nous. On admire le guerrier Massaï ou l'homme du désert et on méprise le français buveur de vin porteur de bérets et mangeur de camembert comme si la France n'avait produit que cela. Dans le même mouvement on accuse le christianisme de tous les maux alors que simultanément on voue à l'islam une admiration sans borne.Et bien entendu ces "cultures" sont érigées en entités essentielles et immuables et fonctionnent dans notre imaginaire comme un mythe, ce qui nous interdit en fait de les comprendre dans ce qu'elles peuvent avoir, en effet, d'original et de riche.
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Car ici, bien entendu la vraie culture consisterait à reconnaître la richesse de l'esprit de chaque peuple sans en ignorer les défauts. Ici la vraie culture consisterait non pas d'abord à s'occuper des autres qui comme êtres humains sont parfaitement capables de s'occuper d'eux-mêmes. Ici la vraie culture consisterait d'abord à ce cultiver soi-même, à connaître ses propres racines. C'est cela qui permettrait un véritable dialogue positif et amical entre les peuples.

D'où vient une telle inertie?

Dans tous les cas, ce ne sont ni les livres ni les débats publics qui ont suscité des prises de conscience. C'est le constat quotidien de la pollution, l'augmentation du nombre de maladies respiratoires, le constat d'une dégradation de l'environnement immédiat et le renchérissement du prix de l'eau ou du chauffage plus quelques effets de mode qui ont suscité la prise de conscience, d'ailleurs très partielle. Ce ne sont pas les excellents livres d'Alain Finkielkraut, de Jacqueline de Romilly ou de Maurice Maschino qui ont suscité, sur 20 ans, la prise de conscience des problèmes de l'école. Les parents ont été avant tout sollicités dans leur torpeur intellectuelle par leurs propres enfants dont les difficultés croissantes les interpellaient. C'est tellement vrai que parmi les tout premiers à avoir souligné les difficultés de l'école, on trouve des professeurs. Non pas, comme on aurait pu s'y attendre, pour dénoncer leurs propres conditions de travail ou leur attitude timorée face à la question de l'autorité, mais parce que, avant tout, leurs propres enfants éprouvaient eux aussi des difficultés dans une école de plus en plus à la dérive. Cette coupable ambivalence des professeur s'est traduite par une inflation de langue de bois justifiant l'injustifiable pendant que beaucoup de professeurs, y compris syndicalistes de gauche, plaçaient discrètement leurs propres enfants dans des établissements privés, quand ils ne pouvaient pas accéder à une classe "camif".

Ce qui ressort de tout ceci, c'est la profonde inutilité de la culture comme instrument de prise de conscience.

 

 

Par Fabrice Guého
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Mardi 12 août 2008

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       On entend partout répéter à l'envi que l'humanité serait divisée en de multiples cultures qui ancreraient chaque individu dans un ensemble de traditions faites de pratiques et de visions du monde. C'est l'appartenance à une culture qui forgerait véritablement l'identité de chaque homme. Et bien entendu, toutes ces cultures auraient la même valeur et mériteraient, à ce titre d'être respectées.

       Or, à force de mettre l'accent sur les différences et les spécificités, on oublie que pour l'essentiel toutes les cultures reposent sur des mécanismes communs, tout simplement parce que, comme l'atteste l'échec des tentatives de destruction de l'idée d'homme du siècle dernier, les hommes sont finalement partout les mêmes, et les différences ne sont guère plus que du folklore.

       Pour s'en convaincre il suffit de lire, par exemple, le livre collectif "savoirs et enjeux de l'interculturel", paru à Paris chez L'Harmattan en  2001. On nous explique que chaque "culture" a sa manière à elle de traiter les problèmes, de s'adapter à une situation nouvelle. Mais on se garde bien de souligner qu'en réalité, lorsqu'ils sont pris dans une situation nouvelle, comme par exemple la nécessité de vivre et donc de s'adapter dans un pays d'accueil, les étranger doivent en réalité non pas reproduire bêtement des comportements stéréotypés qui résulteraient de leur programmation culturelle, mais au contraire inventer, à partir d'une démarche réflexive, même rudimentaire, des comportements nouveaux à partir d'analyses nouvelles.

       Autrement dit, ce n'est pas, par exemple, en tant qu'excroissance d'une culture que le sujet s'adapte à une société nouvelle, mais bien comme individu, comme sujet libre(1), avec ses capacités et ses limites, en fonction du caractère plus ou moins adéquat de l'éducation qu'il a reçue. Etre un sujet libre, c'est-à-dire un être humain pleinemenet réalisé, c'est être capable de revisiter un héritage,(2) sans le rejeter ni l'adopter purement et simplement. Cela implique qu'on en retienne certains aspects, qu'on en rejette d'autres. Or, les revendications identitaires oublient que plus on affirme son identité comme appartenance à un collectif, moins on affirme une singularité libre irréductible à tout autre.(3)

       Mais les tenants de la pluralité culturelles ne veulent pas l'entendre, car ils prétendent remplacer une vision verticale, faite de travail culturel, de transmission et d'héritage, en une vision horizontale où toutes les créations et productions humaines se vaudraient, le moindre tag sur un mur ayant autant de valeur qu'une symphonie de Beethoven sous prétexte qu'il est l'expression d'une autre culture, donc de l'Autre avec un grand A, ce nouveau cliché des bonnes consciences.

       On comprend alors la mauvaise foi de certains défenseurs du pluralisme culturel. Tantôt ils affirment l'autonomie et la grandeur de chaque culture, soulignant que toute tentative d'universalité résulte en réalité d'un dictat ethnocentriste des occidentaux. Les cultures orientales, africaines ou musulmanes auraient en réalité la même valeur que la culture occidentale. Mais à d'autres moments, telle culture revendique haut et fort la paternité de l'éclosion de la civilisation occidentale, comme si c'était elle qui avait finalement inventé l'idée d'universalité. D'un côté donc, on méprise l'occident comme ethnocentriste et arbitraire, tantôt au contraire on veut en être l'origine. Ce double langage trahit au moins un malaise, au pire de la mauvaise foi.

       Et c'est cette obsession identitaire culturaliste qui incite nombre de penseurs à se terrer dans une telle attitude de mauvaise foi, cherchant à couper les cheveux en quatre à l'aide de théories complexes ou de textes incompréhensibles.  Comme nous l'avons montré plus haut, ce sont en réalité des individus, des sujets libres ou au moins capables de le devenir qui reprennent en charge, à chaque génération, leur héritage culturel, pour le reproduire ou le critiquer. Les femmes africaines qui de l'intérieur ont le courage de critiquer les pratiques barbares qu'elles subissent parce qu'elles en ont assez de souffrir sont finalement beaucoup plus fines et intelligentes que tous les chercheurs en sciences sociales qui essaient de nous expliquer que chaque culture porte des richesses qu'il faut respecter.

       De même, il faut en finir avec l'idéologie victimaire(4) selon laquelle les hommes et les femmes qui vivent aujourd'hui seraient comptables des crimes commis par leurs ancêtres de plusieurs générations. Les jeunes noirs d'aujourd'hui, avec leurs téléphones portables, n'ont jamais connu l'esclavages, et les jeunes blancs ne sont pas les héritiers des anciens colonisateurs. Si donc on peut reconnaître un devoir de mémoire, il faut aussi se rappeler que, souvent, l'attitude la plus humaine réside dans le pardon et l'oubli.

         Nietzsche(5) avait déjà insisté sur cette dynamique de l'oubli, en lui attribuant un caractère positif. L'oubli est à l'esprit ce que la digestion est au corps : de même que nous ne sommes pas conscients de tous les processus organiques qui président à la digestion, de même notre esprit absorbe-t-il dans l'oubli tous les événements qui pourraient le perturber. Car la poursuite de notre existence exige que nous ne pensions pas à certaines choses, que nous fermions "de temps en temps les portes et les fenêtres de la conscience". Nous devons "faire table rase" pour songer à des choses nouvelles et plus nobles. L'oubli est alors le "gardien" du psychisme, car sans lui, nul bonheur ne pourrait exister.(6)

       Et ce qui est vrai de l'individu doit l'être aussi pour les peuples. On sait combien de souffrance ont engendré les conflits entre la France et l'Allemagne. Pourtant, il a suffi de quelques petites années pour que ces deux pays se réconcilient et construisent un avenir commun. Par contre, il en est d'autres qui se montrent incapables d'une telle ouverture vers l'avenir et en restent encore à ressasser leur passé victimaire sans doute pour ne pas regarder en face leur propre responsabilité sur leur situation actuelle.

       Le propre de l'humanité est en effet de pouvoir reprendre à son compte un ancien projet pour en faire un nouveau, ou mieux encore, de mettre tous les compteur sà zéro pour rompre avec l'attitude sénile du repli sur le passé et aborder avec l'enthousiasme de la jeunesse la construction de l'avenir. Chaque génération peut bien reprendre l'héritage du passé, et l'humanité vit de cet héritage. Mais l'humanité se perd si elle se contente de reproduire simplement ce qui fut. 

       C'est donc avec à la fois des valeurs héritées et des valeurs revisitées librement au présent qu'il faut juger les pratiques collectives et les visions du monde qui les sous-tendent . Ainsi, que l'on mange du couscous ou du pot-au-feu relève du folklore, alors que l'excision est un acte barbare parce que attentatoire à ce que l'on connaît aujourd'hui de la nature humaine faite de liberté et de virtualités. Après tout, si tout est relatif comme l'affirment les tenants les plus radicaux du multiculturalisme,(7) pourquoi imposerait-on à un individu tel ou tel héritage? Les défenseurs des cultures exotiques utilisent parfois l'argument de la liberté qu'au fond ils méprisent pour justifier leurs revendications archaïques, notamment en matière vestimentaire ou matrimoniale.

       A cet égard, la culture occidentale présente une originalité qui la rend supérieure(8) à toutes les autres: elle est la seule à s'être efficacement critiquée de l'intérieur, par la "philosophie des lumières",(9) et a réinventé, après l'avoir reçue du stoïcisme puis du christianisme, l'idée d'universalité.(10) On n'aime pas son prochain parce qu'il fait partie du même clan, comme dans toutes les autres cultures. On aime son prochain parce qu'il est homme, tout simplement. Et c'est cet amour qui scelle l'idée même d'universalité, c'est le sens du message du Christ sur le caractère inconditionnel de l'amour (cf. Paul 1 co.13.) 

       Mais de ce fait, l'occident n'a plus le monopole de cette culture de l'universalité qui devient un patrimoine de l'humanité toute entière, fondant sa diversité au lieu de la contrarier.(11) La liberté, la joie, l'épanouissement du sujet humain, le bonheur ne sont plus des valeurs occidentales mais des valeurs humaines universelles auxquelles se réfèrent désormais les prisonniers chinois ou tibétains au fond de leur cachot, les femmes africaines mutilées, les jeunes filles arabes mariées de force et violées par leur époux, les paysans sud-américains subissant la dictature des cartels. 

       C'est du reste l'occident lui-même qui, à partir de cette valeur centrale qu'est le sujet humain à la recherche de son épanouissement, a inventé l'intérêt pour les autres cultures, l'intérêt sincère qui pose que d'une certaine manière en effet toutes les cultures méritent le respect parce qu'elles sont également humaines. Et c'est au nom de cette universalité héritée de mauvaise grâce que certains veulent retourner contre nous cet intérêt pour l'autre et nous le renvoyer à la figure, mais transformé en relativisme. Car en réalité, le respect de l'autre implique qu'on le prenne au sérieux, qu'on le juge capable de comprendre. On manifeste donc en fait du respect à l'égard des africains quand on critique certaines de leurs coutumes barbares. Bien entendu, ça ne peut pas leur faire plaisir. Mais puisqu'ils sont humains, ils sont parfaitement capables de comprendre, comme d'ailleurs ils le font déjà, par des critiques de l'intérieur. Quand on respecte son ami, on doit aussi pouvoir lui dire des choses désagréables.

       Bien entendu, certains demi-habiles ne manqueront pas de souligner que l'occident n'a pas de leçons à donner aux autres, qu'il ne respecte pas toujours ses idéaux, loin de là, etc. Mais personne n'a jamais affirmé que nous avons atteint la fin de l'histoire, qu'il ne reste plus de tâches à accomplir. Au contraire, les tâches historiques ne manquent pas et le monde poursuivra sur la voie du progrès si les peuples aiment à nouveau l'humanité, l'individu libre, la joie et le bonheur, qui ne sont pas, reconnaissons-lu, les valeurs dominantes des autres cultures.

       

NOTES:       

              1 Je suis évidemment en profond désaccord avec Alain Touraine qui, dans comment sortir du libéralisme, Fayard, 1998,p. 78, demande à ce qu'on reconnaisse des droits aux cultures étrangères des immégrés. C'est à des sujets libres qu'il faut accorder des droits, pas à des cultures, car sinon on va tout droit vers l'application de la charia.

              2 Cf. Michel Wieviorka, Une société fragmentée ? Le multiculturalisme en débat, Paris, La Découverte, 1997, cité in Dounia Bouzar,  Monsieur islam n'existe pas,, Pour une désislamisation des débats, Hachette.

              3 "Un intellectuel italien a bien mis en évidence ce contre-effet du multiculturalisme qui, tout en arborant l'étendard de la différence, fabrique des micro-conformismes encore plus contraignants que ceux de jadis. Comme l'ouvrier réel de jadis n'était respectabilisé qu'à travers son appartenance à une « classe », le jeune beur, la féministe ou l'homosexuel d'aujourd'hui ne se voient reconnus qu'à la condition expresse qu'ils adhèrent à une « catégorie », répudiant du même coup leur singularité personnelle. Au bout du compte, en prétendant guérir la solitude de l'individu désaffilié, « les idéologies de la différence en réalité anéantissent la différence ». (En l'occurrence, il s'agit de la différence individuelle.) Elles réinventent, à l'échelle d'une minorité, « cet "impérialisme de l'assimilation" si souvent décrié »" Jean-Claude Guillebaud, la refondation du monde, Seuil, 1999, p. 239.

              4 Cf. E. Roudinesco, Pourquoi la psychanalyse, Fayard, 1999: " Inventée aux États-Unis il y a trente-cinq ans, cette fêtichisation de la différence a conduit à une politique de discrimination positive 3 (affirmative action) qui consiste à mettre en œuvre légalement un traitement préférentiel en faveur de groupes humains victimes d'injustices : les Noirs, les Hispaniques, les femmes, les homosexuels, et autres. Elle repose sur l'idée que, pour réparer une inégalité, il convient de valoriser une différence contre une autre différence. Or, l'application de ce principe, que l'on a vu fonctionner à propos de l'affaire de l'exposition Freud à la Library of Congress, est de plus en plus contestée aujourd'hui car elle n'a pas favorisé l'égalité. On comprend pourquoi : une discrimination ne peut jamais être positive puisqu'elle suppose toujours l'existence d'une autre victime servant de bouc émissaire par sa différence même.", p. 174, ainsi que la note 2: " Lors d'une conférence de mars 1999, Alain Finkielkraut a résumé cette situation par une formule saisissante: " je souffre, donc j'accuse." Bien entendu, on consultera aussi le classique Les sanglots de l'homme blanc, de Pascal Bruckner.

              5 Nietzsche, Généalogie de la Morale, Deuxième dissertation, trad. H. Albert, Mercure de France, p. 75-76.

              6 Le texte précédent de ce paragraphe est tiré de F. Guého, chapitre "la mémoire" in F. Guého, P. Loubière et F. Noval, la philosophie au bac lettres en 40 chapitres clés, Albin Michel, 1991, p. 60.

              7 " De fait, dans sa version la plus politique, qui a cours aux États-Unis, le relativisme contemporain ne semble même pas retenir l'idée— pourtant prudemment formulée par Lévi-Strauss— d'une coalition des cultures diverses. Son modèle sera plutôt celui d'un « multiculturalisme » intégral c'est-à-dire d'un espace social et politique dans lequel les diverses cultures cohabiteraient sans chercher à se mélanger ni à se modifier l'une l'autre, moyennant une stricte neutralité ou une stricte équité culturelle des institutions." Denis Kambouchner, Notions de philosophie, tome 3, Folio, Paris, Gallimard, 1995, coll folio-essais, p. 499.

              8 Cette supériorité est en grande partie due aux hasards de l'histoire et ne confère à la culture occidentale aucun droit de mépriser les autres cultures. Là n'est pas la question. Mais il se trouve que par la philosophie des lumières, dont les ambitions sont loin d'être réalisées, l'occident incarne l'universel dont il n'a plus le monopole. Les critiques contre la civilisation occidentale viennentn notamment insister sur les horreurs du XX.ème siècle. Cet argument, qu'on trouve par exemple  chez Fukuyama, La fin de l'histoire, flammarion coll. Champs, p. 32, ne vaut pas vraiment, car il présuppose que l'occident se serait débarrassé de toute contradiction et qu'il aurait déjà réalisé dans toutes ses dmiensions l'idéal dont il était porteur. Ce n'est évidemment pas le cas, et il y a encore bien du travail à faire pour y parvenir. Le nazisme et le communisme ont été des régressions. Mais cela ne change rien quant au fond, sur les fins qui devraient toujours orienter l'action, et qui doivent aller vers la réalisation du projet des lumières. Cf. J-C. Guillebaud, la trahison des lumières.

              9 A vrai dire, il y a eu deux vagues d'auto-critique en occident, la philosophie des lumières, puis les philosophies du soupçon au XIX.ème siècle avec Marx, Nietzsche et plus tard Freud. Sur la portée de Marx et Nietzsche, il faut absolument lire Hannah Arendt, la crise de la culture, notamment "la tradition et l'âge moderne".

              10  Ainsi d'ailleurs que celle de liberté. Voir dans Fukuyama, la fin de l'histoire, la note 18 p. 417 où Fukuyama rappelle comment Max Weber explique la spécificité de la conception occidentale de la liberté.

              11 Comparer Michel Serres, "L’humanisme mosaïque".in Hominescence.

 
   

      

      

Par Fabrice Guého
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Dimanche 3 août 2008


  L'écologie est à la mode et c'est sans doute une bonne chose. Mais, curieusement, certains thèmes naguère développés dans l'écologie politique née avec René Dumont ne sont plus guère évoqués. Ainsi, il n'est sans doute plus politiquement correct d'évoquer la surpopulation. De même, si R. Dumont condamnait le racisme et militait pour une relative redistribution de la population mondiale (1) il n'aurait sans doute pas cautionné le recours systématique à l'immigration et la défense inconditionnelle des sans papiers. Car en acceptant de recevoir des immigrés, qualifiés ou non, on prive les pays d'origine d'une main d'oeuvre qualifiée ou en tout cas d'homme assez courageux pour risquer leur vie. S'ils n'avaient pas cette illusoire perspective d'une vie meileure en Europe, ces hommes courageux agiraient sans doute sur place, dans leur pays, pour virer leurs gouvernements fantoches ou irresponsables et mettre en place un régime vraiment démocratique capable de mettre la population au travail et d'oeuvrer à un réel projet de développement économique favorable à tous. Et la prise de conscience des tâches à accomplir les inciteraient sûrement à limiter enfin une natalité excessive.

Le recours à l'immigration est la solution paresseuse qui n'est pas celle proposée par René Dumont. Dans l'Utopie ou la mort, publié en 1973, il souligne qu'il faudrait partager le travail manuel. Outre que cela conduirait à une société plus juste où le partage des corvées permettrait ensuite au plus grand nombre de connaître un parcours professionnel plus diversifié, cela permettrait de corrriger l'injustice qui condamne certains à une vie de travail servile alors que d'autres sont déjà protégés, par leur naissance et leur diplôme. De même, on sait bien que ceux qui par leur parcours de vie ont connu tous les maillons d'une entrerpise sont souvent plus à même d'en comprendre le fonctionnement que des jeunes cadres fraichement sortis d'une grande école, mais sans expérience réelle, ce qui ne les empêche pas parfois de mépriser ceux qu'ils doivent diriger.

Voici donc le texte de René Dumont:


"Une école participant à la production, pour tuer le mépris du travail manuel.
La ségrégation actuelle, parfois plus poussée que jamais, entre travailleurs manuels et intellectuels, conduit bien des jeunes de nos familles aisées, du lycée à l'université, à ne jamais « travailler » avant 25, sinon 27 ans! Ensuite, de leur auto à leur bureau et à leur résidence, ils ne feront aucun travail manuel; sauf peut-être la tonte de leur pelouse, et parfois du sport. Pendant ce temps, pour ramasser nos ordures, balayer nos rues, et servir de domestiques, ce qui nous reste de prolétaires ne suffit plus : il faut faire appel à des esclaves d'un nouveau type, baptisés immigrés : d'Espagne et du Portugal, du Maghreb et maintenant d'Afrique tropicale. Mon maçon à Aix présente son manoeuvre tunisien comme « son esclave », et le traite de même. L'écart entre les rémunérations des divers travaux s'accroît plutôt chez nous; il s'amplifie davantage encore à l'échelle internationale.
Le mépris du travail manuel qu'enseigne ce système d'éducation s'étend vite à celui qui le réalise, surtout quand il s'y mêle du racisme. Tant qu'il persistera, toutes les tentatives d'une société moins inégale en resteront au niveau des propositions moralisatrices, des incantations. Supprimer ce mépris n'a pas été réalisé pleinement en Union soviétique. Il exigerait d'abord que chacun, au moins au début de sa vie, ait largement participé à un travail manuel. Il n'est point question de revenir à l'exploitation du travail des enfants de 1820-1840. Mais j'ai toujours regardé avec sympathie le jeune Américain distribuer des journaux après l'école pour avoir son argent de poche, et l'étudiant québécois gagner, en cinq mois de vacances, l'essentiel de ses sept mois de scolarité. Quand ils ont travaillé avec des ouvriers agricoles, ils en ont des choses à m'apprendre, mes étudiants de l'université d'Ottawa!"

René Dumont, L'utopie ou la mort, Paris, Seuil éd., 1973, p. 149.

Par Fabrice Guého
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Samedi 2 août 2008

On peut sans doute se réjouir de constater que les autorités politiques mondiales prennent enfin la mesure sinon du caractère inévitable, du moins du risque sérieux que fait peser sur l'avenir de l'humanité le réchauffement climatique. Ce n'est d'ailleurs pas sans mal. Le G8 n'est pas le monde. Et comme le remarque avec humour Paul Loubière, les choses vont plutôt à petit pas d'une manière franchement drolatique quand on songe aux enjeux.  

Cela dit, il semble que le large consensus sur le caractère inévitable du réchauffement climatique cache une fois de plus des réalités bien plus complexes mais qui exigent une plus grande attention que la simple répétition quasi-réflexe de slogans trop faciles.

D'un côté, donc, ceux qui toujours plus nombreux pensent que le réchauffement climatique est inévitable et qu'il faut réagir, au quotidien, par des mesures aussi urgentes que peu efficaces comme le fait de couper la lumière en quittant une pièce ou d'éteindre son ordinateur dès qu'on le quitte. Parfois, le remède est d'ailleurs pire que le mal, car les ampoules électriques comme les ordinateurs s'usent beaucoup plus à chaque changement d'état que par le fonctionnement continu, ce qui à terme engendre plus de déchets. Parfois le remède est pire que le mal.

  Il y a aussi les intégristes de l'écologie catastrophiste qui voudraient que nous renoncions à tous les bienfaits du progrès technique, à tous les éléments du confort quotidien, et qui nous exhortent à faire attention, à chaque minute de notre vie, aux effets catastrophiques de nos moindres gestes.

 

A l'autre extrémité, il y a ceux qui nient absolument toute influence humaine sur le climat, voire sur l'environnement, confondant allègrement réchauffement climatique et pollutions chimique ou biologique pour affirmer que la technique résoudra les problème qu'elle engendre.

 

Dans les deux cas, il me semble qu'il y a à la fois des arguments solides ou en tout cas qui méritent d'être entendus, et des arguments fallacieux, des croyances irrationnelles qui procèdent plus de la mythologie ou de l'autosuggestion que d'une attitude clairement rationnelle et partant responsable. Chacun se construit ainsi son petit « bricolage conceptuel », selon l'expression de Christian Morel dans son livre les décisions absurdes. Certes, comme le soulignait Raymond Boudon dans l'idéologie, l'opinion publique n'a pas nécessairement tort. Mais il arrive aussi souvent que la pensée unique lui impose une manière d'auto-persuasion très pernicieuse.

 

Car le problème est là. On peut croire ou ne pas croire, avoir raison ou tort de croire, mais en matière de sciences, dès qu'on croit, on a tort. Comme le disait Bachelard à propos de l'opinion : « l'opinion pense mal, elle ne pense pas, elle a en droit toujours tort ». Ceux qui naguère pensaient que la terre est le centre du système solaire n'avaient pas plus tort que ceux qui, suivant Copernic, croient aujourd'hui que c'est le soleil qui est au centre parce que les cosmonautes ont pu le constater. Celui qui ne comprend pas la démarche rationnelle conduisant à un fait avéré n'es tpas dans la vérité, même si sa croyance est par ailleurs conforme aux données scientifiques.

 

En revanche, les responsables politiques et les journalistes, eux, ont le devoir de prendre en compte la vérité dans la complexité de son élaboration théorique. Ainsi, par exemple est-il bon de dénoncer les abus d'une pensée unique qui parce qu'elle est dominante, interdit tout débat contradictoire. A cet égard, il est bien possible en effet qu'il y ait un risque de réchauffement climatique. Mais cette croyance fonctionne aujourd'hui comme un mythe, pouvant aboutir à des décisions politiques irrationnelles. Aussi faut-il prendre en compte également les arguments critiques contre cette thèse.

Par Fabrice Guého
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Jeudi 10 juillet 2008

   La mode est à nouveau de s'en prendre à Ségolène Royal et les éditorialistes s'en donnent à coeur joie. Après les critiques moqueuses contre Nicolas Sarkozy, son "bling-bling", sa soi-disant nervosité, voici qu'on en revient au moment des vacances à ce qui semble pour un temps décrire l'essence de l'ex-candidate de gauche: la "gaffitude" ou la "bourditude" en référence à son malheureux dérapage linguistique qui avait donné lieu en son temps à toutes les cuistreries et toutes les tartufferies dont le monde politico-médiatique est capable.
   Tout se passe comme si la France cérébralement anesthésiée par la mondialisation et la déconfiture des programmes alternatifs rejouait inconsciemment les feuilletons de son enfance, et singulièrement celui on l'on voyait Nicolas et Pimprenelle, véritables miroirs des enfants que certains d'entre nous étions. Faut-il y voir une sorte de haine de soi inconsciente chez des français penauds qui, dans le fond, ne sont pas très fiers de cette France qu'ils ont construite et de ces politiciens qui les représentent?
   Car le fait est là! Nicolas Sarkozy a été élu par une large majorité confirmée ensuite aux élections législatives, alors que Ségolène Royal a mené une campagne et a obtenu des résultats très honorables. Il faut donc bien reconnaître que Nicolas et Ségolène incarnent bien la France, chacun à sa manière.
   Les français, dans une large majorité, se rendaient compte que d'une manière ou d'une autre, il fallait du changement. Le président incarne parfaitement cette aspiration. Ils souhaitaient une France plus affirmative de ses valeurs, plus fière de son identité, moins tolérante devant les fascinations d'un exotisme facile, tout cela, il l'ont eu, du moins ne partie, avec Nicolas Sarkozy. Ils voulaient aussi une France plus juste, des services publics défendus, une Europe plus sociale, tout cela a bien été incarné par Ségolène Royal, ainsi d'ailleurs que François Bayrou qui n'a pas dit son dernier mot.
   Mais ils ont été surtout sensibles au charme et à la vigueur de Ségolène ainsi qu'au dynamisme de Nicolas.
   Et c'est là qu'on en arrive aux choses désagréables. Car les français étaient prêts à pardonner à Ségolène toutes les gaffe, tandis qu'ils adorent en secret les valeurs représentées par Nicolas, tout en faisant ouvertement profession de les détester. Leur rêves les plus secrets ne sont-ils pas de faire comme lui, s'ils le pouvaient? Vivre dans le luxe, épouser une des plus jolies femmes, vedette du show biz de surcroît? Et les "bobos" de gauche sont mal venus de le critiquer, alors que leurs pratiques sont exactement les mêmes, la bonne grosse bonne conscience altermondialiste dégoulinante de moraline en plus.
   Bref, les hommes et les femmes politiques, tous, sont à l'image du peuple qu'ils sont appelés à représenter.
   Les politiciens ont les yeux rivés sur les sondages, et leur image est dans une large mesure le résultat des conseils que leur prodiguent leurs experts en communication. L'image des hommes politiques est donc l'exact reflet de ce que les gens attendent. On ne peut pas leur reprocher leur image ou leur attitude, car en les critiquant, les français se critiquent eux-mêmes. Aussi les politiciens prennent-ils garde, en particulier, de ne pas avoir un discours trop "intelligent", trop "rationnel", trop "expert", c'est-à-dire ce que devrait être en réalité un discours politique si ce peuple avait encore une once de dignité. Un homme politique qui tiendrait un discours rationnel, argumentant sérieusement sur le fond, serait bien vite discrédité comme le prouve le cas pas si lointain de François Léotard ou Michel Rocard, littéralement détruits politiquement par les amuseurs publics et démagogiques d'une télévision privée D'où la dérive démagogique des argumentaires de gauche qui étaient pourtant traditionnellement plus proches de la rationalité que la droite. Aujourd'hui, ce sont surtout les éditorialistes de droite comme Slama ou Rioufol qui développent des arguments rationnels suscitant la critique aussi énervée que vide de leurs adversaires.
   Mais voilà, faute de pouvoir mener une réflexion politique sérieuse et des programmes crédibles, il est plus facile de s'en prendre à Nicolas et Pimprenelle, les deux marionnettes de l'enfance, remplacées dans l'imaginaire collectif par les marionnettes de Canal+. en attendant le nouveau passage du marchand de sable qui replonge dans la torpeur du bling-bling et des paillettes.
   Mais l'anesthésie ne peut pas durer toujours face aux lourdes menaces économiques et culturelles qui pèsent sur le destin de la France, sur ses valeurs, sur ses libertés, et faute d'avoir voulu regarder certaines réalités en face, le réveil risque d'être cruel.

 

Par Fabrice Guého
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